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LE COUP DE COEUR DE FRÉDÉRIC VITOUX [Le Nouvel Observateur, 26 oct 2000]


Retour à Bahia


L’immense Nordeste brésilien avec sa pauvreté, sa violence, sa truculence et sa magie semble indissolublement lié à l’oeuvre romanesque  de Jorge Amado ou à certains films du défunt cinéma novo comme”le Dieu  noir et le Diable blond”de Glauber Rocha. Du coup, il nous paraît presque irréel, ce Nordeste, sous la plume d’Antonio Torres. Après vingt ans d’absence, un fils qui a trouvé un emploi salarié dans une banque de Sao Paulo revient au pays pour fêter les quatre-vingts ans de son père qui vit Seul dans um village perdu. Ce n’était pas une mince affaire de le quitter autrefois, ce village. A pied ou à cheval par une route terreuse pour gagner une bourgade. Puis l’attente,là-bas, d’um transport motorisé vers une gare lointaine,l’arrivée à Salvador de Bahia, et, au bas mot, sept jours encore de train, sans compter les  déraillements, pour atteindre Sao Paulo: Le fils, lui, est revenu em deux jours.L’avion, la voiture, des routes goudronnées. Et voilà au fond l’essentiel. S’il n’y a pas de folie littéraire chez Antonio Torres, c’est parce qu’il a emprunté l’avion, la voiture et des routes goudronnées. Parce qu’il n’est pas, en somme, de la génération de Jorge Amado ou Glauber Rocha. “Chien et loup”joué précisément de ce décalage. Avec une tendresse et une fidélité mélancolique et désolée aux paysages d’enfance du narrateur. Où rien n’a changé. Où tout a changé. Où la jolie petite fille blonde de la cour de récréation est devenue une sensuelle maîtresse d’école. Où des paraboles bourgeonnent sur les toits des maisons. Où pourtant tout semble encore immobile. Entre chien et loup. Miracle ambigu de la littérature. F.V.

“Chien et loup”,par Antonio Torres, traduit du brésilien par Cécile Tricoire, Phébus,216p.,119F.